Safran : bienfaits santé, prix, vrai ou faux safran et conseils en cuisine

Filaments de safran rouge foncé dans un petit verre et fleurs de crocus violettes avec leurs stigmates rouges sur une table en bois

On l’appelle « l’or rouge », et ce n’est pas qu’une image : au gramme, le safran coûte plus cher que la plupart des épices du monde réunies. Quelques filaments suffisent pourtant à parfumer et à colorer une paella, un risotto ou une bouillabaisse. Le safran intrigue aussi pour sa réputation sur le moral et le sommeil, étudiée sérieusement depuis une vingtaine d’années. Dans ce guide, nous faisons le point sur les bienfaits du safran pour la santé, ses précautions, les raisons de son prix, les pièges de la contrefaçon, puis nous passons en cuisine et au jardin.

Le safran, c’est quoi exactement ?

Le safran provient d’une fleur, le crocus à safran (Crocus sativus), un petit crocus violet qui fleurit à l’automne. Chaque fleur porte en son centre trois stigmates rouges, les filaments que l’on appelle aussi « pistils » en cuisine. Ce sont eux, et eux seuls, qui forment l’épice une fois séchés.

Cette plante n’existe pas à l’état sauvage : elle est stérile et ne se reproduit que par ses bulbes, appelés bulbes ou cormes, que l’homme replante depuis des millénaires. On cultivait déjà le safran en Grèce antique et en Perse. Aujourd’hui, l’Iran produit à lui seul la grande majorité du safran mondial. On en récolte aussi en Inde (Cachemire), en Afghanistan, en Grèce, en Espagne, en Italie, au Maroc et, en petite quantité, en France.

Trois molécules font sa magie. La crocine lui donne son pouvoir colorant jaune doré, la picrocrocine sa légère amertume, et le safranal son parfum unique, entre le miel, le foin et la fleur.

Pourquoi le safran est-il si cher ?

Champ de crocus à safran en fleurs au lever du soleil, panier en osier rempli de fleurs cueillies entre les rangs

Le prix du safran s’explique par un travail entièrement manuel et des rendements minuscules :

  • Il faut environ 150 000 fleurs pour obtenir 1 kg de safran sec. Chaque fleur ne donne que trois filaments.
  • La cueillette se fait à la main, fleur par fleur, tôt le matin, pendant les quelques semaines de floraison d’octobre et de novembre, car la fleur fane vite.
  • L’émondage, c’est-à-dire la séparation des stigmates du reste de la fleur, se fait aussi à la main, le jour même.
  • Le séchage fait perdre environ les quatre cinquièmes du poids.

Résultat : le safran se vend au gramme, souvent plus de 10 euros, et bien davantage pour un safran français produit en petite quantité. Heureusement, on en utilise très peu : une dose de 0,1 g suffit à parfumer un plat pour quatre à six personnes, ce qui ramène le coût par assiette à quelques dizaines de centimes.

Comment reconnaître du vrai safran ?

Son prix élevé fait du safran l’une des épices les plus fraudées au monde. On vend parfois sous son nom des fleurs moins chères, des filaments teints, ou une poudre « coupée » avec d’autres épices. Le tableau ci-dessous présente le vrai safran et ses imitations les plus courantes.

ProduitCe que c’estAspectGoût et prix
Vrai safranStigmates séchés du crocus à safranFilaments rouge foncé, en forme de petite trompette, souvent réunis par troisParfum de miel et de foin, léger amer ; très cher
Curcuma (« safran des Indes »)Racine moulue d’une plante de la famille du gingembrePoudre jaune orangéTerreux, légèrement amer ; bon marché
Carthame (« safran des teinturiers »)Pétales séchés d’une plante à huilePetits filaments orange, plus fins et plus droitsPresque sans goût ; bon marché
SouciPétales séchés de la fleur de souciPétales jaunes ou orange, platsPresque sans goût ; bon marché

Quelques tests simples pour vérifier votre safran :

  • Le test de l’eau : déposez un filament dans un verre d’eau tiède. Le vrai safran libère lentement une couleur jaune doré, en quelques minutes, et le filament reste rouge. Un faux colore souvent l’eau en rouge ou très vite, ou perd sa couleur.
  • La forme : un vrai filament s’élargit à une extrémité, comme une petite trompette. Les filaments trop réguliers, ou mêlés de nombreux filaments jaunes, sont suspects.
  • L’odeur et le goût : le vrai safran sent fort le miel et le foin, et il est légèrement amer en bouche, jamais sucré.
  • Le prix : un safran vendu très bon marché n’est presque jamais du vrai safran.

Safran en pistils ou en poudre ?

Notre conseil : achetez de préférence le safran en filaments (en pistils). On peut vérifier son aspect, il garde mieux son parfum, et il est beaucoup plus difficile à falsifier. La poudre est pratique, car elle colore vite et de façon homogène, mais elle se mélange facilement avec du curcuma, du paprika ou du carthame. Si vous l’achetez en poudre, choisissez une marque fiable, idéalement avec une appellation d’origine. En Europe, le safran de La Mancha (Espagne), le safran de Kozani (Grèce) et celui de Sardaigne (Italie) sont protégés par une appellation d’origine protégée.

Safran et curcuma : quelle différence ?

On surnomme parfois le curcuma « safran des Indes », car les deux épices colorent les plats en jaune. Pourtant, elles n’ont presque rien en commun :

  • La plante : le safran vient des stigmates d’une fleur, le curcuma d’une racine (un rhizome) de la famille du gingembre.
  • Le goût : le safran est floral, mielleux et délicat ; le curcuma est terreux, chaud et légèrement amer.
  • La couleur : le pigment du safran, la crocine, se dissout dans l’eau ; celui du curcuma, la curcumine, se dissout surtout dans les matières grasses. C’est pour cela qu’on infuse le safran dans un liquide, alors qu’on fait revenir le curcuma dans l’huile.
  • Le prix : il n’y a aucune comparaison possible entre l’or rouge et l’or jaune.

Le curcuma peut donc remplacer le safran pour la couleur, mais jamais pour le goût. Pour tout savoir sur l’or jaune, lisez notre article sur les bienfaits du curcuma.

Les bienfaits du safran sur la santé

Le safran est utilisé depuis l’Antiquité dans les médecines traditionnelles, en particulier en Perse. Contrairement à beaucoup d’épices, il a fait l’objet de nombreux essais cliniques chez l’homme ces vingt dernières années, principalement avec des extraits standardisés en compléments, à des doses de l’ordre de 30 mg par jour. Il faut donc distinguer le safran de cuisine, consommé en toute petite quantité, et ces compléments. Rappelons aussi qu’en Europe, aucune allégation santé n’est autorisée pour le safran.

Safran et moral

C’est le domaine le mieux étudié. Plusieurs synthèses d’essais cliniques concluent qu’un extrait de safran améliore les symptômes de la dépression légère à modérée mieux qu’un placebo, avec parfois une efficacité comparable à certains antidépresseurs dans de petits essais. Ces résultats sont encourageants, mais les études sont souvent courtes, de petite taille, et majoritairement menées en Iran. Surtout, la dépression est une vraie maladie : le safran ne remplace pas un suivi médical, et il ne faut jamais arrêter ou modifier un traitement sans l’avis de son médecin.

Safran et sommeil

Quelques essais récents, menés en Australie notamment, suggèrent qu’un extrait de safran pris pendant quelques semaines pourrait améliorer légèrement la qualité du sommeil chez des adultes qui dorment mal. Les données restent limitées. Une tasse d’infusion de safran le soir ne contient pas les doses étudiées, mais elle peut faire partie d’un rituel apaisant.

Le safran pour maigrir et calmer l’appétit

Une étude française publiée en 2010 a suivi des femmes en léger surpoids prenant un extrait de safran pendant huit semaines : elles grignotaient moins et ont perdu un peu plus de poids que le groupe placebo. C’est de là que vient la réputation de « coupe-faim » du safran. Mais il s’agit d’un petit essai, avec un extrait concentré, et l’effet est modeste. Le safran de cuisine ne fera pas maigrir ; en revanche, il donne beaucoup de saveur à des plats simples comme le riz, le poisson ou les légumes.

Combien de safran par jour ?

Il n’existe pas de dose officielle pour le safran. Voici les repères utiles :

  • En cuisine, on utilise environ 0,1 g pour quatre à six personnes, soit quelques dizaines de milligrammes par personne. Ces quantités sont sans danger.
  • Dans les études, les extraits sont le plus souvent dosés autour de 30 mg par jour, sur six à douze semaines.
  • À forte dose, le safran devient toxique : la littérature scientifique situe les premiers effets indésirables graves autour de 5 g par jour, une quantité impossible à atteindre en cuisine, mais qui rappelle qu’il ne faut pas jouer avec les compléments.

Safran : contre-indications et précautions

En quantités culinaires, le safran convient à presque tout le monde. Les précautions concernent surtout les compléments :

  • Traitements de l’humeur : ne prenez pas de compléments de safran avec des antidépresseurs ou en cas de trouble bipolaire sans avis médical.
  • Anticoagulants et tension : par précaution, demandez l’avis de votre médecin si vous prenez un traitement qui fluidifie le sang ou contre l’hypertension.
  • Allergie : rare, une allergie au safran existe, parfois liée à une allergie à certains pollens.
  • Enfants : les compléments ne sont pas destinés aux enfants.

Safran et grossesse

Pendant la grossesse, le safran en cuisine, aux doses habituelles, ne pose pas de problème connu. En revanche, à forte dose, le safran peut stimuler les contractions de l’utérus : il était même utilisé autrefois pour provoquer des fausses couches. Les compléments de safran sont donc à éviter pendant la grossesse et l’allaitement. Pour une infusion régulière, demandez d’abord l’avis de votre médecin ou de votre sage-femme.

Comment utiliser le safran en cuisine

Filaments de safran qui infusent dans un bol d'eau chaude à côté d'une assiette de risotto au safran

Le secret du safran tient en un mot : infuser. Ses arômes et sa couleur ont besoin d’un liquide et d’un peu de temps pour se libérer.

  1. Écrasez légèrement les filaments entre vos doigts ou dans un petit mortier.
  2. Faites-les tremper dans deux ou trois cuillères à soupe de liquide chaud, mais pas bouillant : eau, lait, bouillon ou vin blanc.
  3. Laissez infuser au moins 15 à 20 minutes, voire plusieurs heures pour un goût plus intense.
  4. Ajoutez le liquide et les filaments à votre plat, plutôt en fin de cuisson, pour préserver le parfum.

Quelques règles d’or : n’en mettez pas trop, car un excès donne un goût amer, presque médicamenteux ; évitez de le faire frire dans l’huile chaude ; et associez-le à des saveurs douces qui le mettent en valeur, comme le riz, la crème, le poisson, les fruits de mer, la volaille ou les poires.

Recette de l’infusion de safran

Pour 1 tasse :

  • 3 à 5 filaments de safran
  • 250 ml d’eau
  • En option : une cuillère à café de miel, une fine rondelle de citron, deux graines de cardamome ou une fine tranche de gingembre

Préparation : faites chauffer l’eau sans la faire bouillir, versez-la sur les filaments, couvrez et laissez infuser 10 minutes. Ajoutez le miel ou le citron, et buvez tiède. Les filaments peuvent rester dans la tasse : ils continuent de colorer l’infusion d’un joli jaune doré.

Recettes au safran : nos idées

  • La paella : le safran donne au riz sa couleur et son parfum, avec une pointe de paprika fumé.
  • Le risotto à la milanaise : le grand classique italien, crémeux et doré.
  • La bouillabaisse et la rouille : impossible de les imaginer sans safran à Marseille.
  • Le riz au safran : un riz basmati cuit avec une infusion de safran, parfait avec un poisson ou un curry.
  • Les tajines : au Maroc, le safran accompagne le gingembre et la cannelle dans les tajines de poulet ou d’agneau.
  • Les desserts : poires pochées au safran, crème brûlée ou riz au lait au safran. En Suède, on prépare même des brioches au safran pour la Sainte-Lucie, en décembre.

Cultiver du safran en France

Bonne nouvelle : le safran se cultive très bien en France, et il a même une longue histoire chez nous. Au XVIIIe siècle, le Gâtinais, au sud de Paris, était réputé pour son safran. Aujourd’hui, de nombreux petits producteurs le cultivent à nouveau, du Quercy à la Provence en passant par la Bretagne. Et vous pouvez en faire pousser dans votre jardin ou en pot :

  • Quand planter : les bulbes se plantent en été, de juillet à début septembre.
  • Où : en plein soleil, dans une terre légère et surtout bien drainée, car les bulbes pourrissent dans l’humidité.
  • Comment : enterrez-les à 10 à 15 cm de profondeur, en les espaçant d’une dizaine de centimètres.
  • La floraison : les fleurs apparaissent en octobre et en novembre. Cueillez-les le matin, retirez les trois stigmates rouges et faites-les sécher quelques jours dans un endroit sec et chaud, à l’abri de la lumière.
  • La suite : les feuilles restent vertes tout l’hiver, puis sèchent au printemps. Les bulbes se multiplient chaque année ; on les déterre et on les divise tous les trois ou quatre ans.

Comptez une centaine de bulbes pour récolter environ un gramme de safran par an, une fois la plantation bien installée : de quoi parfumer une dizaine de plats faits maison.

Comment conserver le safran

Le safran craint la lumière, l’humidité et l’air. Gardez-le dans une petite boîte hermétique, en verre teinté ou en métal, dans un placard frais. En filaments, il garde un bon parfum pendant deux à trois ans ; en poudre, il est meilleur dans l’année.

Safran, cumin, paprika : les épices du quotidien

Le safran est l’épice des grandes occasions, mais il se marie très bien avec celles de tous les jours. Dans une paella, il retrouve le paprika ; dans un tajine, il rejoint le gingembre, la cannelle et le cumin. Pour tout savoir sur ces épices, découvrez nos guides du paprika, du cumin, du gingembre, de la cannelle et du poivre. Et pour parfumer thé, café et brioches, découvrez la cardamome, la reine des épices. Enfin, pour le pot-au-feu, le vin chaud et l’orange piquée de Noël, découvrez le clou de girofle. Sans oublier la noix de muscade, reine de la béchamel et de la purée. Et pour relever vos plats en douceur, découvrez le piment d’Espelette, la fierté du Pays basque. Enfin, pour une note citronnée et douce, essayez les graines de coriandre, idéales dans les légumes à la grecque.

Questions fréquentes sur le safran

Le safran est-il bon pour la santé ?

En cuisine, le safran fait partie d’une alimentation saine et donne beaucoup de goût à des plats simples. Ses effets sur le moral, le sommeil et l’appétit ont été étudiés avec des extraits concentrés, avec des résultats encourageants mais encore limités.

Combien de filaments de safran pour un plat ?

Comptez une dose de 0,1 g, soit une cinquantaine de filaments environ, pour un plat de quatre à six personnes. Pour une infusion, trois à cinq filaments suffisent.

Le safran se périme-t-il ?

Il ne devient pas dangereux, mais il perd peu à peu son parfum et son pouvoir colorant. Faites le test de l’eau : s’il ne colore presque plus, il est temps de le remplacer.

Peut-on remplacer le safran par du curcuma ?

Pour la couleur, oui, avec une petite pincée. Pour le goût, non : le curcuma n’a ni le parfum floral ni la finesse du safran.

Cet article a une visée d’information générale et ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’une sage-femme ou d’un pharmacien.